Ca fait quoi d'être un pantin, papa ? Une légère figurine de bois, avec deux bras articulés et une tête en forme de boule; ça fait quoi sans les paumes et les orteils de marcher un pied devant l'autre et de se claquer les doigts, emmaillotés dans des bagues en acier ? Ca fait quoi papa, de s'aimer droit devant à babord toute comme dans les comptes de maman, et pourquoi dis, elle n'y crois plus, est-ce que c'est toi qui n'y a pas cru ? Et c'était quoi le passé papa, c'était quoi le mistral gagnant, tu gagnais même de temps en temps, et tu pleurais papa ? Tu as pleuré papa, je t'ai vu, ne mens pas, tu as pleuré à la cuisine, je t'ai demandé pourquoi. Réponds moi papa, c'était il y a longtemps, j'ai oublié l'odeur des mains de maman, j'ai oublié le rire. Dis papa, le rire du rire, tu l'as déjà entendu, toi ? Et j'ai froid dans mes rêves, et ça ne me fais plus rien d'ouvrir les papillottes, dis papa, pourquoi maintenant j'ai neuf ans sans toi ? Ca fait quoi d'avoir chaud, de laisser le lait tourner, d'émousser ses pensées dans la casserole et puis de tout laisser déborder, papa je suis grande maintenant, apprends moi la casserole, arrête le feu à mes pieds, et pourquoi je n'arrive qu'à voir la tête baissée ? Je ne comprends pas papa, apprends moi cette peur là, raconte les rivières de tes dix-neufs ans, raconte moi Oma. Ca fait quoi, papa, je n'ai plus neuf ans cette fois, et je suis fatiguée des couloirs, des murs, des portes, je suis fatiguée d'haïr. D'être le pantin sans pieds et sans bras, du "tut tut" des réveils, de tutoyer le ciel si bas, et de lui souffler je t'aime. Et l'amour papa, l'amour le vrai, dans les entrailles, qu'est-ce que ça fait sauf mal ?