"We're just livin men."

"We're just livin men."

# Enviado em Domingo 30 Novembro 2008 05:39

Soapaholic.

Soapaholic.
Ca fait quoi d'être un pantin, papa ? Une légère figurine de bois, avec deux bras articulés et une tête en forme de boule; ça fait quoi sans les paumes et les orteils de marcher un pied devant l'autre et de se claquer les doigts, emmaillotés dans des bagues en acier ? Ca fait quoi papa, de s'aimer droit devant à babord toute comme dans les comptes de maman, et pourquoi dis, elle n'y crois plus, est-ce que c'est toi qui n'y a pas cru ? Et c'était quoi le passé papa, c'était quoi le mistral gagnant, tu gagnais même de temps en temps, et tu pleurais papa ? Tu as pleuré papa, je t'ai vu, ne mens pas, tu as pleuré à la cuisine, je t'ai demandé pourquoi. Réponds moi papa, c'était il y a longtemps, j'ai oublié l'odeur des mains de maman, j'ai oublié le rire. Dis papa, le rire du rire, tu l'as déjà entendu, toi ? Et j'ai froid dans mes rêves, et ça ne me fais plus rien d'ouvrir les papillottes, dis papa, pourquoi maintenant j'ai neuf ans sans toi ? Ca fait quoi d'avoir chaud, de laisser le lait tourner, d'émousser ses pensées dans la casserole et puis de tout laisser déborder, papa je suis grande maintenant, apprends moi la casserole, arrête le feu à mes pieds, et pourquoi je n'arrive qu'à voir la tête baissée ? Je ne comprends pas papa, apprends moi cette peur là, raconte les rivières de tes dix-neufs ans, raconte moi Oma. Ca fait quoi, papa, je n'ai plus neuf ans cette fois, et je suis fatiguée des couloirs, des murs, des portes, je suis fatiguée d'haïr. D'être le pantin sans pieds et sans bras, du "tut tut" des réveils, de tutoyer le ciel si bas, et de lui souffler je t'aime. Et l'amour papa, l'amour le vrai, dans les entrailles, qu'est-ce que ça fait sauf mal ?

# Enviado em Quarta 26 Novembro 2008 11:16

Modificado em Sábado 29 Novembro 2008 09:09

I'm startin' a therapy.

I'm startin' a therapy.
Cent à l'heure sur l'autoroute, tu brûles des feux imaginaires et fumes tes clopes une par une, ça pue la fumée dans ta caisse comme ça pue le brouillé dans ton crâne. Il y a ton sac sur le siège avant, siège passager vide, parce que tu n'as voulu emmener personne avec toi. Pourquoi ? Faire le trajet avec ton homme c'est comme faire du sur-place à un payage. Il te saoule et tu le saoules à te saouler tous les soirs. C'est ta mère ton homme, et d'ailleurs, pourquoi elle n'est pas là ? Parce que la bagnole, ça la rend folle de toute manière, c'est l'excuse qu'elle t'as débité de but-en-blanc, et tu ne l'as pas crue derrière tes lunettes de soleil. C'es vrai qu'il fait moche, et que tu en as besoin de ces deux écrans noirs, couvreurs subtils de ta nuit blanche. C'est vrai aussi que la vue de ta mère t'insupportes depuis que tu sais ce qu'elle pense de toi : Une gamine paumée qui boit son aspirine au champagne. Et qu'elle attend que la pillule t'explose dans le bide comme un mentos dans du Coca Light. Parce que tu insupportes tout le monde, tu te barres. Après avoir ouvert ta gueule une bonne vingtaine d'années pour psalmodier des conneries dans un amphithéatre bondé, après le precieux diplôme encaissé comme des Jimmy Choo avec une carte bleue, tu as choisi de te barrer, les autres n'attendaient plus rien de toi. Et c'est triste de se dire ça, mais au volant de ta vieille bagnole, tu te rends compte qu'il n'y a plus qu'elle, et tu chiales comme une orpheline qui réalise subitement que sa vie n'est meublée que par une Punto ancestrale à la banquette arrière douteuse. L'injustice est puissante, tu embrayes, passe la quatrième, mais dans ta jolie tête blonde, c'est bloquée en deuxième. Et ça rame depuis que tu as hurlé sur cette salope de Betty Lench parce qu'elle avait le même serre-tête que toi, c'est ça ... C'est depuis là, ça fait longtemps. Le paquet de camel écrasé est vide maintenant, tu t'es éttouffée avec le serre-tête et ta mère est toujours là pourtant. Ton portable sonne. C'est l'autre barman qui t'as vu t'enfiler une barre, et qui t'as trouvé si mignonne dans ta robe fendue jusque là, mais t'étais à moitié stone, et tu n'as rien comprit, rien contredis. Encore une fois il t'a demandé "Ca va ?" avant que tu ne t'enfournes maladroitement dans le taxi, et encore une fois, dans un dernier instant de lucidité tu lui as répondu un malheureux "oui". Il fait nuit et tu penses à tout ça et ça te remonte dans la gorge et ça te dégouline sur les joues. Il y a la route là-devant, et le rien là derrière. Ca fait peut-être une heure que tes compensées ont claqué le trottoir de cette ville où tu ne retourneras pas, une heure et l'autoradio freudonne un vague air de Portishead. Une fois encore, tu te demande si dans ton sac il y a toujours ta brosse à dent, et si là où tu vas tu en auras besoin. Il fait chaud sous ton caban. C'est peut-être ton coeur qui se rallume, ou la perspective de demain. Tu ne sais pas. Ca fait du bien. Ta plus grande peur s'estompe peu à peu, tu sais qu'au fond, rien ne te manqueras. Que la vie ne se résume pas qu'à ça, et le bitume qui s'étend en face de toi, à perte de vue, long et brillant, te parait soudain moins étranger.

# Enviado em Domingo 16 Novembro 2008 10:19

Modificado em Domingo 16 Novembro 2008 13:21